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Culture

Covid-19 : L’inquiétude des élus urbains pour le secteur culturel toujours aussi vive

17/12/2020

France urbaine demande notamment l'élargissement des aides de l’Etat aux cinémas publics et aux théâtres municipaux.

La commission « Culture » de France urbaine, co-présidée par Olivier Bianchi, Maire de Clermont-Ferrand, président de Clermont Auvergne Métropole, et François de Mazières, Maire de Versailles, s’est tenue le 9 décembre dernier, dans un contexte réglementaire propice aux mesures de déconfinement mais questionné par des indicateurs sanitaires défavorables, préludes à une possible clause de revoyure. Les inquiétudes sont vives.

Une fatigue des acteurs culturels

Les élus et techniciens à la Culture ont exprimé leurs propres inquiétudes en relayant par ailleurs celles des acteurs culturels présents sur leurs territoires. Les élus ont témoigné de la fatigue et de l’apparition de fragilités psychologiques du tissu culturel, limitant la capacité de rebond d’acteurs culturels de plus en plus démunis. Pour l’heure, hormis les mesures sanitaires propres à la fermeture des équipements culturels, les aides de l’Etat ne permettent pas de répondre à la demande d’agilité et de souplesse.
Privilégier la capacité de rebond et préserver l’horizon culturel

Les collectivités locales s’organisent par ailleurs pour œuvrer à la mise en place d’une programmation culturelle en 2021, dans une logique d’anticipation et de prévention. Des réflexions ont lieu sur les festivals ou encore sur la fête de la musique, avec des configurations de concerts hors les murs, dans des espaces permettant une distanciation physique ou encore, une configuration « public assis ».

Malgré l’impossibilité de disposer d’indicateurs claires d’anticipation, eu égard à l’instabilité de l’évolution de la crise sanitaire, les élus locaux entendent assurer et concourir autant que faire se peut à la continuité d’un service public culturel. Leur soutien à la programmation et aux professionnels se résume par la mise en place de nombreux fonds de soutien dédiés et ciblés au profit de la création artistique et culturelle : commandes publiques culturelles, mises en place de résidences artistiques, programmation artistique de proximité… La Ville de Lyon, qui a voté un plan d’urgence de 4 millions d’euros, a également mis en place le dispositif « Carnets de création », visant à publier des contenus de création et de préparation des professionnels éligibles à l’accès aux équipements culturels, permettant par ailleurs de préparer et sensibiliser le public aux retours dans les salles.

Cette crise sanitaire déstabilise l’écosystème culturel, dont les capacités de ressources et de création, soustraites des recettes culturelles, ne tiennent plus qu’au concours de l’investissement et du maintien des aides publiques. Si les collectivités locales maintiennent leur volontarisme culturel, il est primordial que l’Etat soit en mesure de répondre plus largement à la demande de soutien et d’éligibilité des dispositifs d’aides attribués : France urbaine porte la demande à ce que les aides de l’Etat puissent bénéficier aux cinémas publics et aux théâtres municipaux.

Focus sur la chaîne du livre et de l’édition

Secteurs touchés par la crise, les librairies et le monde de l’édition ont figuré parmi l’ordre du jour de la dernière commission « Culture ». Guillaume Husson, directeur général du Syndicat de la librairie française (SLF), a rappelé que les librairies ont constaté 3 mois de fermetures en cumulé. Les librairies ont perdu 95% de leur chiffre d’affaires pendant le 1er confinement, 50 à 60% pendant le 2ème confinement (impact minimisé par rapport au 1er confinement grâce aux commandes en lignes et au recours au click & collect – une activité qui s’est réalisée au prix d’un renoncement à l’activité partielle). Si le public est au rendez-vous, beaucoup de librairies joueront leur avenir ce mois de décembre. Rappelant la précarité des libraires, pour qui les bénéfices annuels ne leur permettent pas de dégager de larges salaires, Guillaume Husson a évoqué quelques pistes visant à donner davantage de latitude financière et économiques aux libraires : l’exonération de la contribution économique territoriale (CET) pour les librairies ou encore la suppression du rabais de 9% accordé aux collectivités locales dans le cadre d’achat et de commandes pour les bibliothèques.

Les élus ont par ailleurs rappelé la problématique des marchés publics, dont la publicité et le seuil de procédure ne favorisent pas les commandes auprès des librairies locales. Le seuil, à hauteur de 90 000 euros, ne correspond pas a fortiori à la volumétrie des commandes par les grandes collectivités (objectif pour le SLF de relever le seuil à 240.000 euros). Plusieurs témoignages faisaient valoir le recours à l’allotissement pour travailler avec des librairies spécialisées. C’est le cas à Rennes, qui a inscrit dans les marchés d’ouvrages plusieurs critères favorables aux librairies du territoire.

Deux organisations régionales d’éditeurs indépendants sont également intervenues, représentées par Dominique Tourte, président de l’Association des éditeurs des Hauts-de-France, et de Thierry Bodin-Hulin, président du Coll.LIBRIS, collectif d’éditeurs en Pays de la Loire. Estimant indispensables les liens étroits à maintenir entre librairies et éditeurs locaux indépendants, ils ont précisé la « triple peine » que les éditeurs locaux ont subi : la fermeture des librairies s’est répercuté sur le ralentissement voire l’arrêt de l’activité de l’édition, la réouverture temporaire des librairies n’a pas permis de dégager de la visibilité pour les éditeurs indépendants (les consommateurs se reportant sur les grandes maisons d’éditions), tandis que l’annulation des salons et des événements littéraires, qui représentent plus de la moitié des bénéfices des éditeurs indépendants, a été fatale.
 
Plusieurs propositions ont par ailleurs été mises sur la table, celle notamment de concevoir un tarif d’envoi préférentiel pour les éditeurs indépendants, traduisant un allègement des charges. Les envois postaux sont en effet un frein aux éditeurs indépendants, le coût de l’envoi étant de l’ordre de 8 euros, tandis que des grandes plateformes numériques comme Amazon pratiquent un coût d’envoi des livres « à perte », soit à 0,01 euro. Les éditeurs indépendants souhaitent également être pleinement considérés comme des acteurs culturels contribuant à la création et la vitalité artistiques d’un territoire, des dispositifs de soutien et d’encouragement sont à flécher et à inventer en la matière.