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Culture
Post-Covid-19

Bibliothèques, musées, situation des artistes… la culture lourdement impactée par la crise de Covid-19

07/05/2020

Retour sur la commission « culture » de France urbaine qui s’est tenue le 4 mai 2020.

Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand et président de la commission "culture" de France urbaine, a convié les élus et directeurs en charge de la culture à une nouvelle séance de la commission le 4 mai 2020.

Le besoin de réunion était flagrant : les 87 participants par visioconférence (un nouveau record de participation !) avaient à cœur d’échanger sur les annonces du Premier ministre concernant le déconfinement faites la semaine précédente, et notamment la réouverture dès le 11 mai des lieux culturels de proximité : bibliothèques et médiathèques, petits musées, etc. Ont participé aux débats plusieurs acteurs de cette culture de proximité : Malik Diallo président de l’association des directeurs et directrices de bibliothèques de grandes villes, et pour le ministère de la culture Thierry Claerr, chef du bureau des lectures publiques, Bertrand Munin, adjoint à la directrice générale de la création artistique en charge des conservatoires et de la fameuse cellule festivals montée par le Ministère durant le confinement, et Christophe Clément, du service des musées de France.

De nombreuses interrogations sur la réouverture des bibliothèques

Les intervenants ont convenu que la réouverture des locaux semblait compliquée dès le 11 mai en raison du grand nombre de passages quotidiens que cela entraînerait, ainsi que de la nécessité d’adapter les procédures de transaction habituelle des documents. La problématique du nombre de personnes et de leur temps de séjour dans les médiathèques est également à prendre en compte.

Malik Diallo a indiqué souhaiter différencier les services essentiels et non essentiels, en gardant comme objectif principal le lien au contenu et d’inciter les bibliothèques à mettre en place des drives pour éviter l’accès au lieu tout en maintenant la fourniture de contenu au public. L’ouverture partielle des locaux entre dans cette définition, les espaces primordiaux étant les espaces numériques semblent primordiaux puisqu’ils participent au recul de la fracture numérique.

Les réouvertures complètes ne pourront se faire que sur un temps long, à l’exemple des bibliothèques universitaires qui prévoient d'ouvrir à nouveau en septembre seulement, en même temps que les établissements dont elles dépendent. La confiance en l’établissement et en le lieu est un point clé, c’est pour cette raison qu’il ne faudrait pas rouvrir massivement.
Les participants se sont accordés sur le besoin de temporiser les ouvertures et de ne pas se focaliser sur la date du 11 mai comme date butoir. Plusieurs ont fait état d’une inquiétude de ne pas voir arriver de notes de préconisations sanitaires ministérielles, ce qui a permis aux représentants du ministère de la Culture de préciser que la production d’un tel document implique une saisie de la "cellule interministérielle Covid-19" qui à son tour saisit les ministères concernés, ce qui peut prendre du temps. Des éléments nouveaux devraient néanmoins venir sous deux semaines.

Les élus ont par ailleurs fait part de leur mécontentement face aux propos du Premier ministre concernant l’ouverture des équipements culturels, sans avoir pris en compte les capacités d’offre de services de ces derniers. Ils ont demandé à ce que les annonces ne se fassent pas sans consultation générale au préalable car les équipes en local se retrouvent à faire l’arbitrage face à des citoyens en colère et dans l'incompréhension. Plusieurs participants ont attiré l’attention sur la responsabilité pénale et administrative des élus dans la réouverture de ces équipements. Il a été rappelé que le projet de loi pour la prorogation de l'état d'urgence sanitaire annonce une levée de leur responsabilité pénale si celui-ci est adopté.

Le décret d’application du déconfinement sortira le 11 mai en cas de vote du projet de déconfinement. Il créera l’arbitrage entre les territoires notamment dû au classement par couleur, bien que pour l’instant il n’y ait pas de différenciation effectuée dans les politiques portées par le ministère de la Culture. Le problème existe de manière similaire pour les archives, où la question du retour des documents par les chercheurs se pose en raison de la mise « en quarantaine » obligatoire des documents, ce qui freine la possibilité de leur consultation.

Des règles strictes pour les petits musées

Le ministère envisage de prendre en compte dans les conditions de réouverture les agencements architecturaux de chaque musée (grandeur, dimension, fréquentation, type de public…) afin de répondre aux gestes barrières. Plutôt qu’une charte, il semble que l’on s’oriente vers une vérification au cas par cas du respect des recommandations sanitaires : il est question de demander à chaque établissement les plans de reprise d’activités. La conduite à tenir est donc de se rapprocher des conseillers musées dans les DRAC pour qu’ils puissent organiser avec les DAC la réouverture des musées.
Parmi les autres dispositifs, et outre la prise en compte de la corrélation entre affluence et taille, une réflexion est en cours sur l’utilité d’ouvrir certains espaces ou pas, par exemple les lieux de restauration pour les musées dont le public habituel est composé pour la majorité d’étrangers en voyage et de touristes français venant d’autres régions.

Pas de bonne nouvelle pour la Fête de la musique

Toujours ni report, ni annulation de la part de l’Etat concernant ce sujet. La prolongation de l’état d’urgence sanitaire ferme pourtant définitivement la porte à une Fête de la musique telle qu’on l’a connue auparavant. Il va falloir la réinventer : au balcon, avec des chars musicaux qui défilent dans la rue…

L’accueil des artistes et les conditions de programmation

D’après le rapport Bricaire et les préconisations d’AUDIENS, les artistes au moment de la reprise devront respecter les mêmes logiques de distanciation que les entreprises traditionnelles. Aux vues de ces informations, nombre de questions restent en suspens :

  • Comment revoir les programmations en fonction du respect des normes et gestes barrières ?
  • Comment faire répéter des comédiens dans ces conditions ?
  • Comment éviter que certains spectacles soient dans l’incapacité de se jouer à la reprise de la saison ?

Une définition de l’annulation ou du maintien des spectacles au travers de leur typologie est imaginable. En effet, certaines formes de spectacles se prêtent au genre de normes imposées par le covid : le mime, les concerts solo et itinérants, les compteurs... Quoiqu’il en soit, et quelques soient les jauges, la possibilité d’application des mesures de distanciation physique sera le point de départ des autorisations des manifestations.

Une reprise conditionnée des cours dans les conservatoires

Un mix entre les mesures de l’enseignement supérieur et celles de l’enseignement scolaire sera appliqué concernant les conservatoires. Leur réouverture dépendra largement de celle des écoles et des universités.

Festivals : pas encore de bonne nouvelle…

Le Premier ministre l’a annoncé, tous les festivals de plus de 5000 personnes sont interdits jusqu’à fin août. Il y a en conséquence une attente très forte des organisateurs quant aux festivals de plus petite taille, quand bien même les acteurs du secteur ne croient pas à la possibilité de report ni à la possibilité de mettre en place des gestes barrières. Bertrand Munin travaille actuellement sur un texte permettant l’autorisation des manifestations à la condition du respect des normes ou leur annulation d’office par impossibilité de les respecter. Le but est d’éviter de mettre en danger les élus (et leur responsabilité) ainsi que de favoriser les plus petites manifestations qui regroupent habituellement un public de proximité.
Le Président de la République, dans son allocution du 6 mai au monde de la culture, a annoncé la création d’un fond de soutien piloté par le tout nouveau centre national de la musique. Les collectivités territoriales sont attendues pour y participer, même si cette invitation est porteuse de nombreuses interrogations, la moindre desquelles étant la possibilité de flécher sur son territoire les financements que l’on mettrait dans le pot commun.

… contrairement aux intermittents

Concernant les intermittents, sujet qui concerne quelques 100 000 artistes et techniciens indemnisés chaque année, le Chef de l'Etat a annoncé le 6 mai que les droits aux allocations chômage seront prolongés jusqu'en août 2021, au-delà des six mois où leur activité aura été "impossible ou très dégradée".
La commission a appelé le Ministère à prendre aussi en compte les statuts « autres », ceux des auteurs, des plasticiens et des primo-entrant intermittents pour mieux protéger leurs pratiques.

Une reprise complexe pour le spectacle de rue

La reprise d’activités pour ce secteur est rendue plus complexe par son internationalisation importante. La gestion de la poursuite d’activité est à imaginer sur au moins deux ans afin d’absorber la crise économique et assurer son sauvetage.

Retours d'expérience sur les Conseil des Territoires pour la Culture (CTC) territorialisés
 

  • Grand-Est : le CTC a abordé les sujets en commun, mais cette réunion était dans le même esprit que les discussions des commissions cultures de l’Association des directeurs des affaires culturelles des grandes villes et des agglomérations de France (ADAC GVAF) et France Urbaine. Une mise en commun de 6 groupes de travail a été faite. Ces groupes comportent tous une personne de la région et une de l’Etat. Les DAC ont plaidé dans le sens de l’inclusion des communautés de communes, grandes mairies, agglomérations etc. dans ces débats. Ce CTC a également soulevé la question de l’EAC, et surtout de savoir comment faire reprendre ses dispositifs avec des médiums différents.
  • Bourgogne-Franche-Comté : le CTC s’est tenu avant la prise de parole du Premier Ministre. Les questions du chômage partiel (pour les ERP), du service fait et de l’intermittence ont été posées. Aucune réponse ne leur a été apportée mais une autre réunion est prévue en juin.
  • Bretagne : Le C3B Bretagne s'est réuni la semaine dernière (équivalence de CTC déjà présente en Bretagne). Cet échange s’est focalisé sur la mise en commun des diagnostics thématiques (spectacle vivant, art plastique...) réalisés par les collectivités et l'Etat dans une perspective de réponse commune, ou au moins concertée. Les personnes présentes ont également alerté l’Etat sur le recul concernant le chômage partiel.