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Enseignement supérieur et recherche

10 ans d’autonomie : les universités au milieu du guet

09/04/2019

Le colloque annuel de la Conférence des présidents d'université (CPU), qui s’est tenu à Vannes les 21 et 22 mars 2019, a rassemblé les présidents d’université et leurs partenaires pour deux jours de tables rondes et de débats sur le thème de l’autonomie, dix ans après la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) de 2007, portée par l’alors ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Valérie Pécresse.
 

La loi LRU avait eu pour objet principal de permettre aux universités d’accéder à l’autonomie dans les domaines budgétaire et de gestion de leurs ressources humaines, et qu’elles puissent devenir propriétaires de leurs biens immobiliers. Bien que la loi ait été promulguée en août 2007, les premières universités – vingt pour la première vague – n’avaient bénéficié des responsabilités et compétences élargies (RCE) qu’au 1er janvier 2009, et la CPU a donc décidé, en 2019, d’explorer l’actualité de l’autonomie au regard de la relation qu’entretiennent les universités avec leur territoire, entre elles ou de leur pilotage et de leurs moyens.

Le bilan tiré par les universitaires est assez contrasté. En termes de recherche, l’autonomie ne donne pas satisfaction, notamment parce qu’avec sa politique d’appels d’offre, qui ne sont pas pilotés par l’établissement, l’Etat ne permet que peu à l’université de définir sa stratégie. Il reste donc à mener un travail important sur une stratégie de recherche et de positionnement thématique des établissements.

Concernant les interactions territoriales, les universitaires ont noté que les relations avec le monde économique avaient décollé après 2007 dans leurs stratégies de partenariats avec les entreprises. Les politiques de regroupement sur les sites (revues avec la loi Fioraso de 2013) connaissent en revanche des histoires plus ou moins heureuses et doivent être examinées de manière plus approfondie et de manière individualisée par le biais d’une approche pluridisciplinaire. Sur la méthode, le caractère obligatoire des regroupements sur un périmètre donné interroge quant à l’autonomie réelle dont disposent les établissements. Les programmes d’investissement d’avenir, par leur méthode d’incitation et de déploiement de stratégie, avec évaluation par des jurys internationaux, semblent en revanche avoir contribué très largement à une montée en puissance de la réflexion locale.
Sur les moyens de l’autonomie, les universitaires ont estimé que les principes de démocratie et de collégialité n’étaient pas remis en cause. La tension entre efficacité et démocratie existe, et si des évolutions sont souhaitables sur les missions de service public de l’université, elles ne peuvent toutefois être remises en cause. Les débats ont fait émerger l’existence de freins qui perdurent sur les ressources humaines, de même pour les finances pour lesquelles un travail pluriannuel accompagné par l’Etat est fondamental. Appelant à un contrôle a posteriori uniquement, la CPU a relevé le besoin d’une dimension temporelle pour éviter une forme de quasi instantanéité.

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (ESRI) a rendu hommage à Valérie Pécresse, estimant que le temps et les faits lui auraient donné raison. Elle a appelé de ses vœux à une « acte II » de l’autonomie, qui viserait à accroître l’autonomie des universités dans les secteurs des ressources humaines et de l’offre de formation professionnalisante.